La Jeune Fille Et Le Prince
Romance

La Jeune Fille Et Le Prince

by EDWIGE G BYAS · 2026-09-05

Une jeune fille pauvre devient riche en épousant un prince.

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Chapter 1

Le bal où tout change

Mireille piqua l’aiguille dans le satin bleu avant que sa main ne tremble davantage.

La chandelle, posée dans une soucoupe ébréchée, jetait une lumière maigre sur l’ourlet. Dehors, le vent de novembre sifflait contre les volets de sa mansarde, et le froid remontait du plancher jusqu’à ses chevilles. Elle n’avait plus de charbon, presque plus de pain, et le propriétaire avait laissé sur sa porte un dernier avis de paiement.

Pourtant, ce soir, elle devait paraître comme une femme que l’on pouvait engager.

Elle coupa le fil avec ses dents et recula pour examiner la robe empruntée. Le tissu était trop long, la taille trop large, les manches légèrement démodées. Madame Varenne, sa voisine, la lui avait prêtée contre la promesse de trois jours de retouches gratuites. Mireille avait resserré le corsage, dissimulé une tache près du col et remplacé les boutons ternis par de petites perles de verre.

Ce n’était pas une robe de palais.

C’était une chance.

Elle glissa ses doigts sur la couture neuve. Si elle obtenait seulement une commande d’une dame riche, une grande robe de cour, elle pourrait payer son loyer, acheter du fil, tenir jusqu’au printemps. Peut-être même engager une apprentie. Elle ne demandait pas l’amour, ni la pitié. Seulement une place parmi ceux qui avaient assez d’argent pour confier leurs vêtements à une inconnue.

Un coup sec retentit à la porte.

Mireille sursauta. - Qui est là? - Le carrosse ne vous attendra pas toute la nuit, répondit Madame Varenne. Et si vous abîmez ma robe, je vous ferai travailler jusqu’à la prochaine saison froide.

Mireille ouvrit. Sa voisine lui tendit une paire de gants ivoire, trop grands pour elle. - Mettez-les. Les mains d’une couturière ne doivent pas attirer les regards.

Mireille baissa les yeux vers ses doigts piqués d’aiguilles. - Ce sont précisément mes mains qui peuvent me faire entrer. - Au palais, personne ne regarde ce que vous savez faire avant de regarder d’où vous venez.

La phrase resta entre elles, plus froide que le vent.

Mireille prit les gants. - Alors je leur donnerai une raison de regarder plus longtemps.

Le palais de Valoria dominait la capitale comme une montagne de pierre blanche. Même les fenêtres semblaient faites pour rappeler aux pauvres qu’elles étaient dehors. Lorsque Mireille descendit du fiacre, ses chaussures touchèrent les marches glacées et son estomac se noua.

Des gardes en manteaux noirs contrôlaient les invitations. Des carrosses dorés déposaient des dames parfumées, des hommes aux épaules couvertes de décorations, des jeunes filles dont les bijoux brillaient jusque dans la nuit.

Mireille serra son carton d’invitation.

Il n’était pas vraiment à elle. Une cliente absente le lui avait cédé contre la livraison d’un manteau avant minuit. Le nom inscrit dessus - Mademoiselle Éléonore de Brévannes - n’était pas le sien.

Le garde prit le carton, puis la regarda. - Mademoiselle de Brévannes?

Mireille sentit le mensonge lui brûler la langue. - Elle ne pouvait pas venir. Elle m’a envoyée à sa place pour présenter ses excuses à la comtesse d’Aubeterre.

Le garde plissa les yeux. - Vous êtes sa parente? - Sa couturière.

Le mot tomba trop franchement.

Derrière elle, une femme éclata d’un petit rire. - Une couturière au bal du prince? Voilà une nouveauté.

Mireille ne se retourna pas. Elle fixa le garde. - Sa tenue est de ma confection. Si elle avait pu venir, elle aurait voulu que je vérifie les finitions.

Le garde regarda la robe, puis le carton. Il haussa les épaules et la laissa passer.

À l’intérieur, la chaleur lui enveloppa le visage. Des centaines de bougies se reflétaient dans les miroirs de la grande salle, multipliant les lustres, les silhouettes et les sourires. Le parquet ciré sentait la cire d’abeille. Une musique de violons montait sous la coupole, si douce qu’elle semblait cacher les conversations plutôt que les accompagner.

Mireille avança sans toucher personne.

Elle avait l’impression que la salle entière pouvait voir la robe empruntée, les chaussures réparées, le fil gris accroché à sa manche. Chaque fois qu’un regard s’arrêtait sur elle, elle se préparait à être chassée.

Un serveur passa avec une coupe de vin. Elle en prit une pour occuper ses mains. - Vous avez l’air de chercher une sortie.

La voix venait de sa droite.

Un homme se tenait près d’un miroir, vêtu d’un habit noir sans broderies éclatantes. Il avait les cheveux bruns, le visage calme, et une fine cicatrice près du sourcil. Rien, dans sa posture, ne le signalait comme un prince. Pourtant, les invités s’écartaient autour de lui avec une précaution instinctive.

Mireille regarda la coupe. - Je cherche plutôt quelqu’un qui accepterait de me commander une robe. - C’est plus dangereux qu’une sortie. - Une sortie ne paie pas mon loyer.

Un sourire passa dans ses yeux. - Vous répondez toujours ainsi aux inconnus? - Seulement à ceux qui écoutent les conversations sans y être invités.

Il baissa les yeux vers son verre. - Et vous, vous écoutez les conversations? - Je suis couturière. On parle librement devant les personnes que l’on croit invisibles. - Vous vous croyez invisible? - Ce soir, j’essaie de le devenir.

La musique changea. Un couple se plaça au centre de la salle. Les invités applaudirent, puis le mouvement les emporta vers les tables et les balcons.

L’inconnu regarda la couture de son épaule. - Cette robe n’a pas été faite pour vous.

Mireille se raidit. - Vous avez l’œil. - Elle tire au niveau du dos. Vous retenez votre respiration pour que cela ne se voie pas.

Elle détesta qu’il l’ait remarqué. Plus encore, elle détesta la douceur avec laquelle il l’avait dit. - Vous êtes tailleur? - Non. - Alors ne jugez pas une robe que vous ne sauriez pas réparer. - Je ne la juge pas. Je me demande pourquoi vous avez choisi de la porter.

Elle leva le menton. - Parce qu’elle est la seule qui m’ait permis de franchir la porte.

Un silence bref s’installa entre eux. Il n’avait rien de gêné. Il ressemblait plutôt à une porte entrouverte. - Armand, dit-il finalement.

Mireille ne donna pas son nom. Un homme qui se présentait seulement par son prénom devait être soit très simple, soit très puissant. - Mireille. - Mireille comment? - Laurent.

Il répéta son nom comme s’il voulait en retenir la musique. - Vous êtes venue pour commander une robe ou pour en vendre une? - Pour vendre mon travail. - À qui?

Elle désigna du regard la comtesse d’Aubeterre, assise sous un éventail de plumes. - À celle qui porte la robe verte. La broderie de son corsage s’est décousue près de l’aisselle. Elle le cache depuis dix minutes.

Armand observa la comtesse, puis Mireille. - Vous l’avez remarqué d’ici? - La lumière accroche le fil lâche quand elle bouge. - Et vous pouvez la sauver? - Si elle accepte que quelqu’un lui dise la vérité.

Il eut un rire discret. - Vous prenez beaucoup de risques pour une commande. - La faim rend courageuse.

Cette fois, son expression changea. Quelque chose de plus grave passa dans son regard. - Vous avez faim?

Mireille regretta aussitôt ses mots. Elle posa sa coupe sur une table. - Je vous ai dit que je venais travailler. - Ce n’est pas une réponse. - C’est la seule que je vous dois.

Avant qu’il puisse répondre, une dame en robe argentée s’approcha. Son regard glissa sur Mireille, puis s’arrêta sur Armand. - Monseigneur, le prince vous cherche.

Le titre fit plus de bruit que la musique.

Mireille sentit le sol se dérober sous ses pieds.

Armand Valois. Le prince héritier du plus grand royaume du continent. Celui dont le portrait figurait sur les pièces d’or que Mireille n’avait jamais possédées.

La dame argentée observa son trouble avec satisfaction. - Vous ne saviez pas?

Mireille fit une révérence maladroite. - Votre Altesse. - Ne faites pas cela, dit Armand.

Sa voix était devenue plus froide, tournée vers la dame. - Elle n’a rien fait. - Pas encore, répondit celle-ci.

Elle s’éloigna en souriant.

Mireille voulut partir. C’était la seule réaction raisonnable. Mais deux gardes se tenaient près des portes, et la salle lui parut soudain plus vaste, plus brillante, plus hostile. Elle avait attiré l’attention du prince. Les regards convergeaient maintenant vers elle comme des aiguilles.

Armand se rapprocha. - Vous allez bien? - Je dois m’en aller. - Pourquoi? - Parce que tout le monde me regarde. - Ils vous regardaient déjà. - Pas de cette façon.

Il baissa la voix. - Restez près de moi. - C’est justement ce qui attire les regards. - Alors laissez-les regarder. - Vous pouvez vous permettre de dire cela. Moi, je peux perdre mon travail, mon logement, tout ce que j’ai, simplement parce qu’une dame décide de raconter une histoire.

Il la fixa. - Quelle histoire?

Mireille n’eut pas le temps de répondre.

Un cri fendit la salle. - Mon ruban!

La comtesse d’Aubeterre se leva brusquement. Un mince ruban de saphir, orné d’une broche, avait disparu de son corsage. Les conversations s’éteignirent une à une.

La comtesse regarda autour d’elle, puis ses yeux se posèrent sur Mireille. - Elle était près de moi.

Mireille sentit le sang quitter son visage. - Je ne vous ai pas touchée. - Vous avez observé ma robe depuis l’entrée. - Parce que votre couture était décousue. - Et maintenant mon ruban a disparu.

Un murmure parcourut la salle.

La dame argentée revint, accompagnée d’un officier. - Fouillez-la.

Armand s’interposa. - Personne ne fouillera une invitée sans preuve. - Elle n’est pas une invitée, Monseigneur. Son carton porte le nom d’une autre femme.

Mireille comprit alors que le scandale ne portait pas seulement sur le ruban. On avait attendu qu’elle soit visible pour révéler le faux nom, pour la transformer en voleuse devant toute la cour.

Ses doigts se crispèrent dans ses gants. - Je peux expliquer l’invitation. - Vous pourrez expliquer beaucoup de choses en cellule, dit l’officier.

Armand tourna la tête vers elle. - Mireille, dites-moi la vérité.

La question aurait dû la rassurer. Elle lui fit plus mal qu’une accusation. - Je vous ai dit la vérité depuis que vous m’avez adressé la parole. - Vous êtes entrée sous le nom d’une autre. - Parce que le palais n’ouvre pas ses portes aux filles qui cousent dans des mansardes. - Et le ruban? - Je ne l’ai pas pris. - Avez-vous touché la comtesse?

Mireille hésita. - Non.

La comtesse sourit. - Vous voyez? Elle hésite. - J’hésite parce que je réfléchis, répondit Mireille. Vous devriez essayer.

Quelques rires nerveux éclatèrent. Le visage de la comtesse se durcit.

Armand, lui, la regardait autrement. Pas comme une accusée. Comme quelqu’un qui venait de lui montrer une vérité qu’il n’avait pas demandée. - Fouillez son sac, ordonna la comtesse.

Mireille serra contre elle le petit sac de velours. Il contenait ses ciseaux, son mètre ruban, deux bobines de fil et une aiguille. Elle savait qu’elle n’y trouverait pas le bijou. Mais elle savait aussi qu’une fouille publique ne prouverait pas son innocence. Elle ne ferait que rappeler à tous qu’elle n’avait rien à perdre.

L’officier tendit la main.

Armand la saisit au poignet avant qu’il ne l’atteigne. - J’ai dit non.

Le contact fut bref, mais Mireille sentit la chaleur de ses doigts à travers le gant. Armand la relâcha aussitôt. - Pardonnez-moi, murmura-t-il.

Ce fut la première fois que sa voix trembla.

Mireille le regarda. - Vous avez peur de quoi, Votre Altesse?

Il ne répondit pas tout de suite. Les miroirs renvoyaient leurs deux silhouettes, lui en prince irréprochable, elle dans une robe trop large, prise entre le soupçon et la protection. - Que la vérité ne suffise pas, dit-il enfin.

Cette confession minuscule changea l’espace entre eux.

Mireille avait cru qu’il possédait toutes les portes, toutes les voix, tous les moyens d’écraser une accusation. Mais il se tenait là, entouré de courtisans qui attendaient de voir jusqu’où il oserait la défendre.

Elle retira lentement son gant droit. - Alors ne me défendez pas comme une femme fragile.

Armand fronça les sourcils. - Que voulez-vous? - Donnez-moi une minute. - Pour faire quoi?

Mireille se tourna vers la comtesse. La robe verte tirait toujours au niveau de l’aisselle. Le fil lâche brillait sous les chandelles.

Elle s’approcha, malgré les gardes. - Votre ruban n’a pas été volé sur votre corsage. - Comment osez-vous? - La broche a laissé une marque dans le tissu, mais pas de déchirure. Quelqu’un l’a retirée avant que vous ne quittiez votre chambre.

La comtesse pâlit.

Mireille se pencha vers l’ourlet de sa manche. - Et voici le fil qui s’est accroché à la pierre de votre broche.

Elle tira délicatement une fibre bleue coincée dans la couture. La couleur était identique à celle du ruban.

Un silence lourd tomba.

L’officier prit le fil entre ses doigts. La comtesse ouvrit la bouche, mais aucun mot n’en sortit.

Armand s’approcha de Mireille. - Vous venez de sauver sa réputation. - Non. Je viens peut-être de sauver la mienne.

Il la regarda avec une admiration qui lui donna presque envie de reculer. - Vous devriez être furieuse. - Je le suis. - Et vous restez calme. - Je ne suis pas calme. Je fais seulement des points plus serrés quand je suis en colère.

Un sourire malgré lui effleura la bouche du prince.

La comtesse exigea qu’on fouille les salons voisins. Le bal reprit peu à peu, mais les murmures ne diminuèrent pas. Mireille avait obtenu ce qu’elle était venue chercher: on connaissait désormais son nom, son talent, la précision de son regard. Plusieurs dames la dévisageaient avec intérêt.

Mais personne ne parlait encore de commande.

Armand se pencha vers elle. - Venez avec moi. Je veux vous présenter à ma mère.

Mireille sentit les regards se resserrer autour d’eux. - Non.

Il parut surpris. - Vous refusez? - Je suis déjà passée d’inconnue à voleuse en moins d’une heure. Je ne veux pas devenir votre curiosité préférée avant minuit.

Son visage se ferma, blessé malgré lui. - Je ne vous considère pas comme une curiosité. - Alors pourquoi me faites-vous appeler? - Parce que vous êtes la première personne de cette salle à me parler sans vouloir quelque chose.

Mireille pensa à son loyer, à son ventre vide, à la robe empruntée. - Vous vous trompez, Votre Altesse. Je veux quelque chose. - Quoi?

Elle soutint son regard. - Une commande. Et la certitude que, si je reviens ici, on ne me traitera pas comme une voleuse.

Armand resta silencieux. Puis il prit une carte blanche dans la poche intérieure de son habit et y écrivit quelques mots. - Demain matin, présentez-vous à l’atelier royal. Montrez vos dessins à la maîtresse des garde-robes. Cette carte vous ouvrira la porte.

Mireille prit le carton sans toucher sa main. - Et si votre cour refuse de me recevoir? - Dites-lui que je vous attends. - Est-ce une promesse? - Non. C’est un risque que je vous demande de prendre avec moi.

La phrase la troubla davantage qu’elle ne l’aurait voulu.

Dans les miroirs, ils apparaissaient côte à côte, séparés par une distance minuscule et par tout le royaume. Mireille referma ses doigts sur la carte.

Elle avait gagné une entrée, une chance, peut-être une commande.

Mais, derrière elle, la comtesse d’Aubeterre murmurait déjà son nom à l’oreille de la dame argentée.

Et lorsque Mireille releva les yeux vers le prince, elle comprit que son invitation ne la mettait pas à l’abri.

Elle venait seulement de la placer au centre du danger.

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  1. 1. Le bal où tout change
  2. 2. Une promesse contre la honte
  3. 3. Les lettres que personne ne montre
  4. 4. Le duel des loyautés au trône
  5. 5. Le Jour où tout tomba en place
  6. 6. Le mariage qui rachète tout

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"La Jeune Fille Et Le Prince" is a romance book by EDWIGE G BYAS with 6 chapters and approximately 12,324 words. Une jeune fille pauvre devient riche en épousant un prince..

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Frequently Asked Questions

What is "La Jeune Fille Et Le Prince" about?

Une jeune fille pauvre devient riche en épousant un prince.

How many chapters are in "La Jeune Fille Et Le Prince"?

The book contains 6 chapters and approximately 12,324 words. Topics covered include Le bal où tout change, Une promesse contre la honte, Les lettres que personne ne montre, Le duel des loyautés au trône, and more.

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