Read the first chapter
The whole of chapter one, free. About 8 min. Turn the pages with the arrows, your keyboard, or a swipe.
Chapter 1
Les cornes sous le voile
Le battant de la porte claqua contre le mur, faisant tinter les petits médaillons de cuivre suspendus au-dessus des berceaux. Élise sursauta dans le panier d’osier où on l’avait déposée, puis chercha aussitôt sa sœur du regard.
L’autre nourrisson gisait à quelques pas, dans un berceau identique, emmaillotée dans une couverture grise trop mince. Ses poings remuaient faiblement. Un filet de plainte lui échappait, si aigu qu’il semblait se briser contre les pierres nues du dortoir.
Élise ne comprenait pas les mots des adultes. Elle ne connaissait que le froid qui mordait ses doigts, la laine rêche contre sa joue et l’absence de bras autour d’elle. Pourtant, lorsque sa sœur pleurait, quelque chose tirait au fond de sa poitrine. Elle se tortilla, cherchant à se rapprocher malgré les langes qui entravaient ses jambes.
Une femme entra.
Sa robe noire frôla le sol couvert de paille. Une croix d’argent pendait à son cou, froide et brillante sous la lumière bleuâtre des fenêtres. Elle tenait une lanterne d’une main et un trousseau de clés de l’autre. Son visage était pâle, marqué par les veilles, mais ses yeux restaient attentifs.
« Par pitié… qui vous a laissées ici? »
La femme s’approcha d’abord du berceau d’Élise. La lanterne éclaira son visage, puis descendit sur la couverture. Élise sentit une main toucher son front. Les doigts étaient rugueux, mais chauds.
« Tu es glacée, petite. »
Elle tira la couverture jusqu’au menton d’Élise, puis se pencha vers sa sœur. Le vent s’engouffrait par les jointures mal calfeutrées des fenêtres. Chaque rafale faisait frissonner les flammes des lampes et courir des ombres sur les murs.
La sœur pleura plus fort.
Élise voulut répondre. Aucun son ne sortit de sa gorge, seulement un souffle tremblant. Elle tendit un bras vers l’autre berceau. Ses doigts ne rencontrèrent que le vide.
La religieuse la vit bouger.
« Vous êtes deux… »
Elle posa la lanterne sur une table et souleva la couverture de la seconde enfant. Le tissu glissa, dévoilant son front, ses joues rougies par le froid, puis ses cheveux noirs collés à son crâne.
La femme s’immobilisa.
Élise fixa son visage. Quelque chose venait de changer dans ses yeux. La douceur s’était retirée, remplacée par une inquiétude si profonde qu’elle semblait douloureuse.
La religieuse écarta davantage la couverture.
Sous les mèches humides, une petite pointe sombre perçait la peau, juste au-dessus de la tempe. Puis une seconde apparut de l’autre côté, courte, lisse et recourbée vers l’arrière.
La religieuse recula.
Le trousseau de clés tomba sur le sol.
Le bruit fit taire la sœur. Durant un instant, le dortoir ne fut plus rempli que par le crépitement d’une lampe et le sifflement du vent.
« Non… »
La femme porta une main à sa bouche. Elle regarda le second berceau, comme si elle craignait d’y trouver la même chose.
Élise sentit la couverture glisser de son épaule. L’air mordit sa peau. La religieuse revint pourtant vers elle, lentement, avec une prudence nouvelle. Elle souleva le tissu.
Les doigts de la femme rencontrèrent les cheveux d’Élise. Ils les écartèrent.
Le monde sembla se contracter autour du regard qu’elle posa sur elle.
Élise ne savait pas ce qu’elle voyait dans le reflet de la lanterne. Elle ne connaissait pas ces deux petites excroissances qui lui faisaient mal lorsqu’on les touchait. Elle ignorait pourquoi sa sœur en portait de semblables. Elle savait seulement que la religieuse les regardait comme si elles avaient apporté la nuit avec elles.
« Deux enfants… deux cornes… »
Elle se redressa brusquement et se signa.
Élise se mit à pleurer. Sa sœur l’imita, et leurs cris s’entrelacèrent sous la voûte basse du dortoir.
La religieuse ferma les yeux.
« Sainte Orane, garde-moi de la peur. »
Des pas résonnèrent dans le couloir. Une voix de femme appela derrière la porte.
« Sœur Agnès? Tout va bien? »
Agnès tourna la tête vers l’entrée. Son visage se décomposa.
Elle ramassa les clés, éteignit la lanterne d’un souffle et se précipita vers les deux berceaux. Ses mains tremblaient lorsqu’elle rabattit les couvertures sur les visages des nourrissons.
« Ne bougez pas », murmura-t-elle, avant de s’arrêter, consciente qu’elles ne pouvaient pas comprendre. « Ne faites plus de bruit… je vous en prie. »
La poignée s’abaissa.
Agnès se plaça devant les berceaux.
La porte s’ouvrit sur une sœur plus âgée, ronde et essoufflée, qui tenait une pile de linges contre sa poitrine.
« J’ai entendu des pleurs. Les autres enfants vont se réveiller. »
« Elles viennent de s’endormir. »
« Les deux? »
« Oui. »
La nouvelle venue plissa les yeux. La lumière du couloir entra derrière elle, dessinant une bande pâle sur le sol.
« On m’a dit qu’un homme les avait déposées à la grille. »
Agnès ne répondit pas.
« Il a laissé un nom? Une lettre? »
« Rien. »
« Même pas une médaille? »
Agnès serra les clés dans sa paume. Le métal lui entailla la peau.
« Rien que leurs couvertures. »
La sœur fit un pas vers les berceaux.
Agnès lui barra le passage.
« Va chercher de l’eau chaude. Elles sont transies. »
« Tu ne veux pas que je les voie? »
« Je veux que tu obéisses. »
Le ton claqua plus durement qu’elle ne l’aurait voulu. La sœur la fixa, surprise, puis baissa les yeux.
« Très bien. Mais mère supérieure voudra les examiner demain. »
Agnès sentit son ventre se nouer.
« Demain, elles auront besoin de dormir. »
« Ce sont des enfants abandonnées, pas des princesses. »
La porte se referma. Les pas s’éloignèrent.
Agnès attendit jusqu’à ce que le couloir redevienne silencieux. Alors seulement, elle se retourna.
Élise avait cessé de pleurer. Ses yeux restaient ouverts, immenses dans l’obscurité. Sa sœur, elle, hoquetait encore. Une petite main s’agitait hors de la couverture.
Agnès approcha son visage.
« Vous avez froid, n’est-ce pas? »
Elle prit les deux paniers et les rapprocha du poêle éteint. Le charbon manquait depuis trois jours, et le froid de l’hiver s’était installé dans chaque pierre de Sainte-Orane. Elle glissa ensuite sa propre cape autour des berceaux, couvrant les deux enfants d’un même pan de laine.
Élise sentit la chaleur revenir lentement. Elle entendit le battement précipité du cœur d’Agnès lorsqu’elle la souleva. La religieuse la serra contre sa poitrine, puis prit sa sœur dans l’autre bras.
Les deux nourrissons se touchèrent.
Leurs doigts se refermèrent l’un sur l’autre.
Agnès baissa les yeux vers les petites cornes dissimulées sous les bonnets de laine.
Elle aurait pu appeler les autres. Elle aurait pu réveiller mère supérieure, montrer ce signe impossible, demander qu’on chasse les enfants avant que le mal ne s’enracine dans l’orphelinat. Elle savait ce que les prêtres disaient des démons. Elle avait vu, dans les villages du nord, des corps brûlés pour moins qu’une marque sur la peau.
Mais les deux bébés ne brûlaient rien. Elles ne mordaient personne. Elles grelottaient.
La sœur d’Élise se blottit contre elle et poussa un faible gémissement.
Agnès ferma les yeux.
« Vous n’êtes pas des monstres parce que le monde vous appelle ainsi. »
Elle prononça ces mots sans savoir si elle les croyait.
Un bruit sec retentit dans le couloir.
Agnès se retourna.
La porte du dortoir était toujours fermée. Pourtant, quelque chose frottait contre le bois, lentement, comme une pointe qu’on y traçait.
Elle déposa les enfants dans le même berceau, puis s’approcha sans faire craquer les lattes. Le frottement cessa.
À travers la fente sous la porte, aucune lumière ne passait.
« Qui est là? »
Pas de réponse.
Agnès posa la main sur le verrou. Le métal était glacé. Elle le souleva.
La porte s’ouvrit d’un doigt.
Le couloir était vide.
Les statues des saints alignées le long des murs semblaient pencher leurs visages de pierre vers elle. Une bougie mourante brûlait près de l’escalier. Son flambeau projetait sur le sol une ombre qui ne correspondait à personne.
Agnès ouvrit davantage.
Sur le bois extérieur, juste à hauteur de ses genoux, quelqu’un avait gravé un symbole.
Deux arcs noirs se rejoignaient autour d’une fente verticale. La marque ressemblait à une paire de cornes entourant un œil fermé. De la résine sombre suintait encore des entailles.
Agnès recula.
Elle connaissait ce signe.
Des années plus tôt, dans une chapelle incendiée, elle l’avait aperçu sur les murs derrière l’autel. Les hommes du village l’avaient recouvert de chaux avant de parler d’une présence démoniaque. Elle se souvenait des prières murmurées, des torches, des cris d’un enfant que personne n’avait réussi à retrouver.
Un craquement monta derrière elle.
Agnès se retourna.
Les deux bébés étaient éveillés. Élise fixait la porte. Sous son bonnet, une faible lueur rouge palpitait contre sa tempe, puis disparut.
La religieuse referma la porte d’un coup et poussa le verrou.
Elle courut jusqu’aux berceaux, les prit toutes deux dans ses bras et les emporta vers l’ancienne lingerie, une petite pièce sans fenêtre cachée derrière la cuisine. Les couvertures glissèrent, les cornes apparurent, mais Agnès ne s’arrêta pas.
Dans la lingerie, elle repoussa une armoire, révéla une niche creusée dans le mur et y installa les enfants sur des draps propres. Puis elle revint chercher la lanterne et quelques bûches.
La porte du dortoir resta marquée derrière elle.
Elle ne pouvait pas effacer le symbole. Pas sans attirer l’attention. Elle ne pouvait pas non plus abandonner les nourrissons dans la nuit, alors que quelqu’un savait déjà où elles se trouvaient.
Agnès alluma le feu de la cuisine. Les flammes prirent avec difficulté, éclairant les murs de pierre d’une teinte orange. Elle fit chauffer du lait, enveloppa les enfants dans des langes secs et s’assit devant la niche, le dos contre l’armoire.
Élise s’endormit contre son bras. Sa sœur respirait doucement près d’elle.
Agnès regarda leurs visages paisibles, puis la porte invisible derrière le mur.
Au matin, mère supérieure demanderait d’où venaient les marques sur leur tête. Les sœurs les verraient. Les prêtres finiraient par entendre parler d’elles. Et si le symbole sur la porte n’était pas un avertissement, mais une promesse, quelqu’un reviendrait les chercher.
Agnès resserra sa cape autour des deux enfants.
« Vous resterez ici », murmura-t-elle. « Je vous cacherai aussi longtemps que je le pourrai. »
Dans le dortoir désert, derrière la pierre et le bois, une griffe racla de nouveau la porte.
End of chapter one. 4 more chapters and about 10,594 words in the full book.
Swipe or use the arrows to turn the page
What's inside: 5 chapters
- 1. Les cornes sous le voile
- 2. Dix ans derrière les grilles
- 3. Le pacte de la grand-mère
- 4. Le retour des parents
- 5. Les prairies après la brume
About this book
"La Quête Du Démon" is a fiction book by Ora Poupel with 5 chapters and approximately 10,594 words. Deux sœurs orphelines découvrent leurs origines démoniaques et affrontent leurs parents.
This book was created using Inkfluence AI, an AI-powered book generation platform that helps authors write, design, and publish complete books. It was made with the AI Novel Writer.
Frequently Asked Questions
What is "La Quête Du Démon" about?
Deux sœurs orphelines découvrent leurs origines démoniaques et affrontent leurs parents
How many chapters are in "La Quête Du Démon"?
The book contains 5 chapters and approximately 10,594 words. Topics covered include Les cornes sous le voile, Dix ans derrière les grilles, Le pacte de la grand-mère, Le retour des parents, and more.
Who wrote "La Quête Du Démon"?
This book was written by Ora Poupel and created using Inkfluence AI, an AI book generation platform that helps authors write, design, and publish books.
How can I create a similar fiction book?
You can create your own fiction book using Inkfluence AI. Describe your idea, choose your style, and the AI writes the full book for you. It's free to start.
Write your own fiction book with AI
Describe your idea and Inkfluence writes the whole thing. Free to start.
Start writingCreated with Inkfluence AI