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Chapter 1
Le café tiède et l’absence
Le café de maman refroidissait dans la tasse bleue.
Lina le savait parce qu’elle venait d’y poser deux doigts. La porcelaine était encore tiède, juste assez pour lui donner envie de les retirer aussitôt. Une odeur de noisette flottait au-dessus du liquide brun. À côté de la tasse, le téléphone de son père vibrait contre la table, puis s’arrêta.
Personne ne le prit. - Maman? appela Lina.
Sa voix traversa la cuisine et revint plus faible, comme si les murs l’avaient mâchée.
Attila apparut dans l’encadrement de la porte. Ses cheveux noirs partaient dans tous les sens et il tenait une seule chaussette à la main. - Tu les as trouvés? - Non. - Ils sont peut-être partis courir.
Lina regarda la veste de leur père, suspendue à sa chaise. Ses clés étaient dans la poche, elle en était certaine. Le sac de sa mère reposait sur le sol, ouvert, avec son portefeuille et ses lunettes à l’intérieur. - Sans leurs affaires?
Attila baissa les yeux vers la chaussette. - Peut-être qu’ils ont eu un problème. - Quel genre de problème?
Il ne répondit pas.
Dans la maison, quelque chose continuait de fonctionner. Le réfrigérateur ronronnait. Une horloge avançait par petits claquements secs. Au premier étage, une porte grinça lentement, poussée par un courant d’air. Tout semblait normal, à part l’absence de leurs parents, qui rendait chaque bruit suspect.
Lina prit le téléphone de son père. L’écran affichait trois appels manqués, tous venant de sa mère. Les heures étaient rapprochées: 7 h 42, 7 h 44, 7 h 46. - Elle s’est appelée elle-même? demanda Attila. - Non. C’est son téléphone qui a appelé papa. - Pourquoi?
Lina serra l’appareil dans sa paume. Il était froid, couvert d’une fine trace de graisse près de l’écran. - Je ne sais pas.
Elle appuya sur le numéro de leur mère. Une sonnerie. Deux. Puis la messagerie.
« Bonjour, vous êtes bien sur le répondeur de - »
Lina coupa avant le bip. - Rappelle. - Je viens de le faire. - Rappelle quand même.
Elle obéit. Cette fois, le téléphone vibra quelque part dans la maison.
Les deux adolescents se figèrent.
Le son venait du couloir.
Attila partit le premier. Lina le suivit, le téléphone de leur père toujours à la main. La vibration se répétait, étouffée, irrégulière. Ils dépassèrent le porte-manteau, le meuble à chaussures, puis la porte vitrée du salon.
Le téléphone de leur mère était posé sur la console.
L’écran s’alluma sous leurs yeux.
MAMAN APPELLE.
Attila attrapa l’appareil. - Allô?
Il n’y eut que le souffle de la ligne. - Maman?
Lina se pencha vers lui. - Mets le haut-parleur.
Attila appuya sur l’icône. Un grésillement remplit le couloir, suivi d’un bruit lointain, comme une portière qu’on refermait. Puis la communication se coupa.
Le silence qui suivit parut plus lourd que le précédent. - Elle était là, murmura Attila. - Son téléphone était là. - C’est pareil. - Non.
Lina regarda la porte d’entrée. Elle était verrouillée. Le manteau de sa mère pendait encore à son crochet. Dans la poche, on distinguait le contour de ses clés de voiture.
Elle ouvrit la porte.
L’air du matin entra d’un coup, humide et froid. La voiture de leurs parents stationnait dans l’allée, couverte de gouttes. Les pneus étaient propres. Aucun moteur ne chauffait, aucune trace de départ ne marquait le gravier. - Ils ne sont pas sortis en voiture, dit Lina.
Attila se plaça près d’elle. - Alors ils sont partis à pied. - Pourquoi laisser les clés? - Pour aller quelque part pas loin. - Où?
Il désigna la rue. - Chez un voisin. À la boulangerie. N’importe où.
Lina descendit les deux marches. La terre mouillée colla à ses baskets. Elle scruta les maisons voisines, les fenêtres fermées, les rideaux tirés. Une camionnette blanche passa au bout de la rue sans ralentir.
Elle rentra. - On appelle les voisins.
Ils commencèrent par monsieur Vandenberg, qui vivait dans la maison aux volets verts. Il répondit après six sonneries, la voix pâteuse. - Non, je n’ai vu personne ce matin. - Même pas mes parents? - Lina? Il est quelle heure? - Neuf heures vingt.
Un silence s’installa au bout du fil. - Ils sont peut-être partis travailler. - Leurs voitures sont là.
Monsieur Vandenberg ne répondit pas tout de suite. - Appelle la police, petite.
Lina sentit sa gorge se serrer. - Je ne suis pas petite. - Je n’ai pas dit ça pour - Elle raccrocha.
Attila la fixait. - Il a dit d’appeler la police. - Pas encore. - Pourquoi pas? - Parce qu’ils vont demander depuis combien de temps ils ont disparu. Et je ne sais pas quoi répondre. - Depuis ce matin. - Oui, mais… ils peuvent revenir.
Elle posa le téléphone sur la console, puis le reprit aussitôt. Ses doigts tremblaient. Elle appela sa mère une troisième fois. La messagerie se déclencha. Elle laissa un message. - Maman, c’est moi. Rappelle-moi. Tout de suite.
Elle hésita, puis ajouta: - On est à la maison.
Elle raccrocha.
Attila se dirigea vers la cuisine. Il ouvrit le placard à goûter et en sortit un paquet de biscuits. - Tu fais quoi? - J’attends. - En mangeant? - Je ne peux pas attendre sans manger.
Il s’assit à la table. La chaise de leur père était légèrement reculée, comme si quelqu’un venait de se lever. Sur le bord de l’assiette, une miette de pain portait encore une trace de confiture.
Lina resta debout. - Arrête de faire comme si c’était normal.
Attila reposa le biscuit. - Je ne fais pas comme si c’était normal. - Tu manges. - Et toi, tu regardes le café depuis vingt minutes.
Elle ouvrit la bouche, mais aucun mot ne sortit.
Le téléphone de leur père vibra de nouveau.
Cette fois, c’était un message.
Lina l’ouvrit immédiatement.
« Réunion déplacée. Ne m’attendez pas. »
Le numéro affiché était celui de sa mère.
Attila se leva. - C’est elle? - Le message vient de son téléphone. - Donc elle va bien.
Lina relut la phrase. Elle ne ressemblait pas à un message de leur mère. Elle mettait toujours un point après « pas ». Elle écrivait « Ne nous attendez pas » lorsqu’elle parlait pour elle et leur père. - Ça ne veut rien dire. - Si. Elle a écrit. - Elle aurait pu envoyer ça avant de partir. - Alors pourquoi elle n’a pas pris son téléphone?
Le regard d’Attila glissa vers la console.
Lina sentit une douleur brève lui traverser le ventre. Elle ouvrit la porte d’entrée plus grand et inspecta le seuil. Pas de boue fraîche. Pas de trace de pas. Le paillasson était parfaitement droit.
Elle revint dans la cuisine. - On fouille la maison. - On commence par où? - Partout.
Ils montèrent l’escalier. Chaque marche craquait à l’endroit habituel, sauf la quatrième, qui ne produisit aucun son. Lina s’arrêta, surprise, puis continua.
La chambre de leurs parents était rangée. Le lit n’était pas défait. La montre de leur père reposait sur la table de nuit, arrêtée à 7 h 51. Lina la prit, la retourna. Le bracelet portait une petite marque sombre, comme si quelqu’un l’avait serré trop fort. - Pourquoi il l’aurait laissée? demanda Attila. - Je ne sais pas.
Dans la salle de bains, la brosse à dents de leur mère était humide. Une goutte d’eau glissa sur le manche et tomba dans le lavabo.
Attila ouvrit la douche. - Rien. - Regarde dans les placards. - Tu crois qu’ils sont cachés là? - Je crois qu’on ne sait plus rien.
Elle fouilla les tiroirs, les paniers à linge, le coffre sous la fenêtre. Elle trouva un foulard, deux pièces de monnaie et un vieux ticket de cinéma. Aucun mot. Aucun indice. Pas même une explication assez banale pour tenir debout.
Au rez-de-chaussée, la sonnerie du téléphone fixe retentit.
Lina dévala l’escalier. - Papa?
Elle décrocha. - Allô?
Un souffle répondit. - Allô?
Quelqu’un était là. Elle entendait une respiration lente, régulière. Puis un froissement, comme du papier contre un micro. - Qui est-ce?
La ligne se coupa.
Attila arriva derrière elle. - C’était qui? - Je ne sais pas. - Rappelle le numéro. - Il n’y en avait pas.
Il regarda l’appareil. - Alors c’était peut-être un appel masqué.
Lina posa le combiné. Sa main resta suspendue dans l’air.
La maison semblait plus grande qu’une heure auparavant. Le couloir s’étirait jusqu’à la porte du bureau de leur père, au fond. Cette porte était toujours fermée le matin. Il y travaillait avant de partir, parfois jusqu’à tard dans la nuit.
Lina avança. - On n’entre pas là-dedans, normalement, dit Attila. - Aujourd’hui, on entre.
La poignée était froide. La porte s’ouvrit avec un petit claquement.
L’odeur du bureau les enveloppa: bois ciré, poussière et café oublié. Les rideaux étaient tirés. Sur le bureau, l’ordinateur était allumé, mais l’écran restait noir. Une tasse vide reposait près du clavier. À côté, un stylo avait roulé jusqu’au bord.
Lina ouvrit le tiroir du haut.
Des factures. Des enveloppes. Un chargeur.
Le deuxième tiroir contenait des dossiers, un mètre pliant et une boîte de trombones. Le troisième était verrouillé. - Tu as la clé? demanda Attila. - Non. - Papa la gardait où?
Lina regarda autour d’elle. Le bureau était couvert d’objets familiers, mais aucun ne semblait à sa place. Un cadre photo avait été retourné contre le mur. Elle le redressa. La photo montrait leurs parents sur une plage, souriants, les cheveux fouettés par le vent.
Derrière le cadre, une petite clé était collée avec du ruban adhésif.
Attila la fixa. - Tu savais qu’elle était là? - Non.
Lina la décolla. Le ruban se déchira dans un bruit sec. La clé entra dans la serrure.
Le tiroir s’ouvrit.
Il ne contenait qu’un carnet de chèques, une lampe de poche et une enveloppe vide.
Attila souffla, déçu. - C’est tout?
Lina retourna l’enveloppe. Aucun nom. Aucune adresse. Elle passa le doigt sur le papier. Une légère bosse traversait le fond, presque invisible. - Attends.
Elle saisit un coupe-papier et glissa la lame sous la doublure. Le papier se souleva, révélant une fente étroite. À l’intérieur, il n’y avait rien, seulement une poussière grise qui lui resta sur le bout du doigt. - Papa cachait peut-être quelque chose ici, dit Attila. - Peut-être que quelqu’un l’a déjà pris.
Cette idée fit reculer Lina d’un pas.
Au même instant, le chauffage se déclencha dans le couloir. Les tuyaux claquèrent derrière les murs. Un bruit de pas monta de l’escalier.
Lina se retourna brusquement.
Personne.
Attila attrapa son bras. - C’était quoi? - Le chauffage. - Ça ressemblait à des pas. - Je sais.
Ils restèrent immobiles, côte à côte, à écouter la maison. Le parquet craqua au-dessus d’eux. Puis un objet tomba dans la chambre de Lina.
Elle monta en courant. Attila la suivit.
Sur son lit, ses vêtements étaient renversés. La fenêtre était fermée. Un livre gisait au sol, ouvert à une page qu’elle n’avait jamais lue.
Rien d’autre n’avait bougé.
Lina ramassa le livre. Ses doigts glissèrent sur la couverture poussiéreuse. - On doit appeler la police, dit Attila.
Cette fois, elle ne protesta pas.
Elle prit le téléphone fixe et composa le numéro. La voix de l’opératrice posa des questions simples: leurs noms, leur adresse, l’heure à laquelle ils avaient vu leurs parents pour la dernière fois.
Lina répondit à tout. - Vous êtes seuls dans la maison? demanda la voix.
Elle regarda Attila. Il avait cessé de mâcher son biscuit. Une miette restait collée au coin de sa bouche. - Oui. - Une patrouille arrive. - Dans combien de temps? - Quelques minutes.
Lina raccrocha.
Ils retournèrent dans la cuisine. Le café de leur mère avait refroidi. Une pellicule pâle s’était formée à sa surface. La tasse de leur père était vide, mais une marque humide dessinait encore son cercle sur la table.
Attila prit la veste de leur mère et vida ses poches. Un mouchoir, un rouge à lèvres, des clés. Pas de portefeuille. Pas de message.
Lina ouvrit le sac de son père. Il y trouva son portefeuille, ses lunettes et un dossier rempli de feuilles blanches. - Blanches? demanda Attila. - Oui.
Elle les feuilleta. Chaque page était vide, parfaitement propre. Au fond du sac, il y avait seulement un ticket de station-service daté de la veille.
La sirène d’une voiture retentit au bout de la rue.
Lina posa les feuilles sur la table. Elle aurait voulu ressentir du soulagement. À la place, une certitude froide s’installait en elle: leurs parents n’étaient pas partis comme ça, sans prévenir. Ils avaient laissé leurs objets, leurs téléphones, leurs boissons à moitié bues.
Ils avaient laissé la maison pleine de signes.
Mais aucun de ces signes ne disait où ils étaient.
La sirène se rapprocha, puis s’éteignit.
Attila se plaça près de la fenêtre. - Ils arrivent.
Lina regarda la cuisine. Le réfrigérateur ronronnait. L’horloge claquait. Le café refroidissait entre eux.
La maison respirait encore.
Seulement, ses parents n’étaient plus là pour l’entendre.
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What's inside: 5 chapters
- 1. Le café tiède et l’absence
- 2. Les carnets écrivent leurs gestes
- 3. Un masque blanc sur la table
- 4. Waterloo cache leur QG d’enquête
- 5. Les masques tombent devant l’oncle
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"Les Masques" is a fiction book by Marion Weber with 5 chapters and approximately 9,818 words. Deux adolescents traqués par des sosies et des carnets prédictifs..
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Frequently Asked Questions
What is "Les Masques" about?
Deux adolescents traqués par des sosies et des carnets prédictifs.
How many chapters are in "Les Masques"?
The book contains 5 chapters and approximately 9,818 words. Topics covered include Le café tiède et l’absence, Les carnets écrivent leurs gestes, Un masque blanc sur la table, Waterloo cache leur QG d’enquête, and more.
Who wrote "Les Masques"?
This book was written by Marion Weber and created using Inkfluence AI, an AI book generation platform that helps authors write, design, and publish books.
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