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Chapter 1
Le retour au handball après l’été
Le gymnase municipal de Saint-Laurent sentait la résine sur les chaussures et le lino un peu trop chauffé. En entrant, Lowan a senti la fraîcheur de l’air se coincer dans son t-shirt, puis la chaleur des projecteurs lui réchauffer le cou. Le bruit des ballons qui rebondissaient, sec et régulier, remplissait l’espace comme un rappel: elle n’était pas en vacances. Elle avait décidé de reprendre le sport. Elle avait promis de mieux s’accepter. Et ce matin-là, elle avait même mis ses lunettes de soleil dans son sac, comme si ça pouvait l’aider à être “prête”.
Dans le vestiaire, Emma tournait déjà autour de son sac, en cherchant ses protège-poignets avec l’énergie d’une personne qui n’a pas peur de perdre du temps. Lisa parlait à voix basse en nouant ses lacets, et Mélina faisait claquer ses gants de gardienne contre sa paume, juste pour entendre le son. Sarah faisait semblant de ranger, puis s’arrêtait pour regarder Lowan comme si elle attendait un signe. Zoé, elle, avait posé sa gourde près du banc et souriait, tranquille.
« T’as l’air… motivée, » a dit Emma en relevant les yeux.
Lowan a voulu répondre “oui” sans réfléchir, sourire facile, posture droite. Mais quelque chose coincait derrière ses côtes. Elle avait l’impression que le gymnase la regardait aussi: les murs trop blancs, les rangées de bancs, les gens qui passaient dans l’entrée. Comme si chaque pas vers le terrain disait “regarde-la, elle essaie”. Sa gorge s’est un peu serrée, mais elle a hoché la tête quand même.
« J’ai juste envie de reprendre. Normalement, » a-t-elle dit, en essayant de faire sonner sa voix légère.
Quand elle est sortie dans la salle, le parquet a crissé sous ses baskets. Le ballon, au loin, claquait contre un mur de façon étouffée, puis repartait en trajectoire. Lowan a entendu son propre souffle au milieu de tous les autres bruits, plus fort qu’avant, et elle a eu cette pensée qui la suivait depuis quelques semaines: et si elle n’était pas assez à l’aise? Et si on la regardait parce qu’elle était hésitante?
Elle a rejoint le groupe pour l’échauffement. Les entraîneurs parlaient en gestes, en comptant des passes, en lançant des ballons à droite et à gauche. Lowan a commencé en suivant le rythme, en visant des mains, en sentant la vibration du ballon au creux de ses doigts. Au début, ça allait. Ses bras bougeaient. Ses jambes aussi. Elle a même réussi à rire quand Zoé a esquivé une passe trop haute et que Sarah a fait semblant d’être impressionnée.
« Douceur, Lowan! » a lancé l’un des entraîneurs.
C’était drôle, parce que “douceur” ressemblait à une consigne, mais ça ressemblait aussi à une façon de lui parler sans la brusquer. Pourtant, à chaque fois qu’elle se trompait d’un demi-mètre, elle avait l’impression d’avoir laissé une trace visible. Elle sentait le regard de certaines personnes sur sa peau, comme une étiquette collée. Et dans sa tête, une peur toute bête tournait en boucle: celle de ne pas être “pleinement elle-même” à cause de son corps, à cause de ce qu’elle pensait que les autres voyaient.
« T’es où, là? » a demandé quelqu’un derrière elle.
Lowan a sursauté, puis s’est retournée. Maxime, plus jeune, était déjà là, près du cercle d’attaque. Il avait ce calme qui donnait l’impression qu’il savait où il posait ses pieds, même quand il bougeait vite. Sa réputation le précédait parfois, et Lowan avait appris à se tenir à distance. Mais aujourd’hui, elle n’avait pas envie de se cacher.
« Je suis là, » a-t-elle répondu, plus sèchement qu’elle ne voulait.
Maxime a levé les sourcils, comme s’il avait entendu la tension dans sa voix.
« Je demandais juste si tu pouvais passer à droite au lieu de… » Il a fait un geste vers sa trajectoire. « Là, tu te regardes trop avant de lancer. »
Lowan a senti ses joues chauffer. Elle aurait pu se vexer. Au lieu de ça, elle a respiré une fois, puis a essayé d’oublier la sensation d’être observée. Elle s’est placée. Elle a reçu le ballon, plus solide cette fois. Et elle a lancé sans réfléchir à “est-ce que je suis belle comme ça”. Le ballon a filé, a rebondi au bon endroit, et Zoé a attrapé comme si c’était évident.
« Ok! » a soufflé Zoé.
L’exercice a continué. Lowan a tenté de garder ce mouvement simple: recevoir, regarder la cible, lancer. Mais quand elle a raté une passe - juste une - elle a senti sa confiance vaciller, comme si quelqu’un avait retiré une marche sous son pied. Ses épaules se sont raidies. Elle a entendu son cœur battre plus vite. Le gymnase, soudain, lui a paru trop grand.
« Lowan, ça va? » a demandé Emma en venant à son niveau entre deux séries.
Lowan a voulu dire “oui”. Elle a ouvert la bouche, puis elle a laissé passer la vérité.
« Je sais pas. J’ai l’impression… que je fais tout de travers. Et que tout le monde le voit. »
Emma n’a pas ri. Elle n’a pas dit “t’inquiète”. Elle a juste posé deux doigts sur l’avant-bras de Lowan, comme un rappel que c’était réel, et que ça pouvait passer.
« Quand tu te sens observée, tu te concentres sur toi au lieu du ballon, » a dit Emma doucement. « Et le ballon, lui, il s’en fiche de ton corps. Il veut juste que tu le touches au bon moment. »
Lowan a cligné des yeux. C’était simple, mais ça lui a fait du bien. Elle a hoché la tête, puis a attendu que la prochaine consigne tombe.
Quand l’entraînement a basculé vers un jeu de position, les déplacements se sont accélérés. Les sifflets claquaient plus souvent. L’air devenait encore plus chaud. Lowan s’est retrouvée au couloir, à deux mètres de l’attaque. Elle a vu Maxime se placer devant, puis elle a senti la pression dans sa nuque quand une défense a commencé à lui fermer l’espace.
Elle a reçu le ballon. Une seconde de trop. Le regard de Maxime, pas méchant, pas froid non plus, mais précis. Lowan a eu envie de se protéger en faisant “au mieux”, en essayant d’être parfaite. Et c’est là que sa peur a essayé de gagner.
« Laisse-toi le temps de lancer, » a dit Maxime, juste assez près pour que seuls elle et lui l’entendent. Sa voix était calme, presque douce. « Pas avant d’être prête. Pas quand tu penses à ton corps. Quand tu vois la place. »
Lowan a avalé sa salive.
« Tu parles comme si c’était facile, » a-t-elle murmuré.
Maxime a esquissé un sourire, un petit coin des lèvres, comme s’il savait que Lowan n’aimait pas qu’on minimise.
« C’est pas facile. Juste… c’est possible. »
Elle a pris une inspiration. Le ballon était tiède dans ses mains. Elle a senti le cuir un peu rugueux contre sa peau. Elle a tourné son regard vers l’espace libre, plus loin, près de l’aile. Elle a compris d’un coup qu’elle n’avait pas besoin de “se sentir à l’aise” pour agir. Elle devait juste faire le geste, une fois, puis une autre.
Elle a lancé.
Le tir a traversé l’air et s’est logé dans le but avec un bruit sec, comme un “clac” qui rassure. Le gymnase a résonné de cris et de pas. Lowan s’est figée une demi-seconde, puis elle a entendu sa propre voix quand elle a dit:
« Voilà! »
Emma a applaudi. Sarah a levé les bras. Même Mélina a fait “t’es forte” avec un sourire rapide.
« Ça, c’était toi, » a dit Zoé en lui tapant l’épaule.
Pour la première fois depuis qu’elle était rentrée au gymnase, Lowan s’est sentie légère. Pas parce que tout était parfait. Mais parce qu’elle avait réussi une action sans se juger en train de la faire. Elle a voulu garder cette sensation, la garder comme un petit trésor.
Et justement, en voulant trop garder, son poignet a glissé.
Sur la passe suivante, elle a reçu le ballon un peu de côté. Elle a tenté de rattraper en se tordant. Une douleur vive a traversé son poignet, assez pour la faire grimacer. Le ballon est tombé au sol avec un bruit sourd. Un silence court a suivi, le temps que son corps comprenne ce qui venait de se passer.
« Lowan! » a dit Emma tout de suite.
Lowan a essayé de bouger le poignet, mais ça tirait. Elle a serré les dents, puis elle a respiré plus lentement. Elle n’avait pas envie de s’énerver contre elle.
« Ça va… enfin, ça pique. »
Maxime a avancé, mais sans la toucher d’un coup.
« On arrête une minute, » a-t-il dit. Pas comme un ordre, plutôt comme une évidence.
Sacha, qui observait depuis le côté du terrain, est arrivé avec la rapidité calme de quelqu’un qui connaît les entraînements.
« Reste assise, » a-t-il conseillé. « Laisse-moi regarder. »
Lowan a voulu protester. Elle avait envie de prouver qu’elle pouvait continuer, que sa promesse tenait. Mais la douleur était bien là. Elle a baissé les yeux sur son poignet: un peu rouge, pas énorme, mais trop douloureux pour faire “comme si”.
« Je vais pas rester longtemps, » a-t-elle dit, la voix un peu tremblante.
Sacha a secoué la tête.
« Pas longtemps, c’est ça. Juste assez pour que ça se calme. »
Emma a sorti une pochette avec des compresses, et Mélina a apporté un bandage. Sarah a cherché du froid dans son sac avec une urgence gentille. Zoé, elle, a pris la place de Lowan sur le banc, comme si elle avait décidé que le gymnase devait rester “safe” pour elle.
« Tu t’es engagée à reprendre, » a murmuré Zoé. « Pas à te faire mal. »
Lowan a posé sa main valide sur son genou et a laissé le bandage se faire. Le froid a apaisé la chaleur de la douleur. Le gymnase n’a pas cessé de vivre autour d’eux, mais Lowan, elle, s’est mise à écouter autrement: le bruit des ballons, les voix, le souffle des autres. Elle s’est rendue compte que ce n’était pas elle qui devait tout contrôler. C’était son corps, et aussi son équipe, qui devaient trouver un bon rythme.
Maxime s’est penché vers elle, sans la presser.
« Tu as marqué. Et tu as fait un geste propre. Là, c’est ton poignet qui te rappelle qu’il faut ralentir, » a-t-il dit. « Ça ne veut pas dire que tu as raté. »
Lowan a senti ses yeux piquer. Pas de tristesse énorme, juste une émotion qui arrivait quand on se sent comprise.
« J’avais peur qu’on me juge, » a-t-elle avoué.
Maxime a haussé les épaules, mais ses yeux étaient sérieux.
« On te juge pas. On te voit. Et on t’aide. »
Quand l’entraînement a repris, Lowan n’a pas rejoint le terrain tout de suite. Elle a fait ce qu’on lui a demandé gentiment: les passes à distance, les déplacements sans contrainte, en gardant son poignet protégé. Elle a participé autrement, pas moins. Et au lieu de se sentir “en trop”, elle s’est sentie utile. Comme si elle avait trouvé une façon d’être présente sans s’abîmer.
Au moment des derniers exercices, Sarah lui a lancé une balle plus facile. Lowan a attrapé et a renvoyé proprement, sans forcer. Elle a entendu le “bien joué” d’Emma, et le sourire de Lisa quand elle a vu que Lowan n’essayait plus de tenir coûte que coûte.
À la fin de la séance, dehors, l’air était plus frais. Lowan a marché jusqu’au banc de l’entrée en tenant son poignet bandé contre elle. Elle a senti la pierre froide sous ses chaussures et le bruit des clés qu’on range dans les poches.
Emma s’est assise à côté d’elle.
« Tu vois? T’as repris, » a-t-elle dit. « Même avec tes complexes. Même avec ta peur du regard. »
Lowan a regardé ses mains. Elles lui semblaient un peu différentes, parce qu’elles portaient un petit bandage. Mais elles étaient à elle. Elle a serré doucement, puis desserré, comme pour vérifier que tout était encore là.
« Je marque… et je dois ralentir, » a-t-elle soufflé.
Zoé a posé sa main sur l’épaule de Lowan.
« C’est ça, devenir pleinement soi-même: pas être sans limites, être au bon rythme. »
Lowan a hoché la tête, un peu plus sereine. Elle avait voulu que son corps suive son envie, tout de suite. Elle comprenait maintenant que la confiance ne se gagnait pas en poussant. Elle se gagnait en écoutant, en demandant, et en continuant quand même, à sa manière. Elle a compris une chose, toute simple, qui lui a réchauffé la poitrine: on peut avancer même quand on ralentit.
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What's inside: 5 chapters
- 1. Le retour au handball après l’été
- 2. Garder son calme en cours STMG
- 3. Trouver la bonne vague avec Max
- 4. Réparer le tir avant le derby
- 5. Dire oui à soi, pas aux rumeurs
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"Tout Ce Que Je Deviens" is a children's book by Anonymous with 5 chapters and approximately 10,298 words. Roman YA sur une lycéenne, son sport et ses relations..
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What is "Tout Ce Que Je Deviens" about?
Roman YA sur une lycéenne, son sport et ses relations.
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The book contains 5 chapters and approximately 10,298 words. Topics covered include Le retour au handball après l’été, Garder son calme en cours STMG, Trouver la bonne vague avec Max, Réparer le tir avant le derby, and more.
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